Un cancer à cause de la THT ?

Un cancer à cause de la THT ?

Atteint d'un cancer enfant, ce Normand de 27 ans a revécu sa maladie avec le film "La guerre est déclarée".
Sa voix est légèrement saccadée. Thomas Gilbert n'apprécie guère que ses interlocuteurs mettent à jour cette faille. Elle est pourtant la seule marque visible, et audible, d'un cancer du cervelet décelé en 1987. Il n'avait alors que 3 ans.
Jamais malade depuis sa naissance, le petit garçon, qui vivait alors à Saint-Martin-de-Landelles près de Saint-Hilaire-du-Harcouët dans le Sud-Manche, « se mit à vomir sans raison », se souvient, non sans une certaine émotion, sa mère, Nelly Guermont-Gilbert.tht-02-2.jpg

Muet et paralysé
Après avoir écumé les médecins de sa région et même l'hôpital d'Avranches, ses parents se tournent vers le CHU de Rennes, où le verdict tombe, comme un couperet. « Le liquide céphalo-rachidien faisait pression sur mon cerveau », explique Thomas Gilbert. L'opération s'avère inévitable. Le cerveau est percé, la tumeur grattée.
L'accalmie ne dure que neuf mois. « La tumeur s'était reformée aussi grosse qu'avant », raconte l'ancienne préparatrice en pharmacie. En l'espace de trois semaines, le garçonnet s'allonge à dix reprises sur le billard. Des valves de dérivation externe, déviant le liquide céphalo-rachidien en excès dans le cerveau vers le péritoine, une membrane du ventre, lui sont posées à vie. « Les médecins craignaient que son cœur ne tienne pas », se remémore avec retenue sa mère.
Les cancers de l'enfant sont plus difficiles à soigner. Ils ne représentent que 1% de l'ensemble des cancers. Mal compris, ils ont peu de points communs avec ceux de l'adulte. Et ils surviennent dans un organisme en croissance. Les traitements doivent donc en tenir compte.
Entre deux opérations, Thomas Gilbert tombe dans le coma, perd l'usage de la parole, de ses bras, de ses jambes. « Nous l'avons récupéré la veille de Noël 88 dans un fauteuil, paralysé et muet. » Dans cette guerre contre le cancer, les Gilbert ne déposent pas les armes. Chaque jour, trois mois durant, le petit malade se rend au centre anti-cancer Eugène Marquis, à Rennes, pour des séances de radiothérapie sur le bas du cerveau.

L'électrochoc
Confié à « des orthophonistes, des kinésithérapeutes, des ergothérapeutes », il entame en parallèle sa rééducation motrice à Saint- Hilaire-du-Harcouët, où « je fabriquais des paniers en osier pour faire travailler mes mains ».
De ses années noires, Thomas Gilbert ne garde pas ou peu de souvenirs. Son manque d'équilibre, une déconcentration récurrente et une certaine lenteur dans la gestuelle de ses mains se chargent de le lui rappeler. La sortie du film La guerre est déclarée, le 31 août 2011, racontant le combat d'un jeune couple pour sauver leur fils d'un cancer du cerveau, a fait office d'électrochoc. « J'ai enfin pu mettre des images sur mes souvenirs », confie-t-il, prenant alors conscience de la souffrance vécue par ses parents. « Après le film, j'ai bombardé ma mère de questions. » La première de toutes fut de savoir comment ses parents arrivaient à décompresser. « Nous n'y arrivions pas », lui a répondu sa maman. Au pire de la crise, son mari et elle dormaient dans le couloir du service de neurochirurgie. « C'était notre devoir. Il n'existait pas, comme c'est le cas dans ce film, de maison pour héberger les parents. »
Aujourd'hui, Thomas Gilbert poursuit son combat. Et donne de son temps pour les autres. Il s'investit dans le rapprochement entre valides et handicapés. Grâce à l'association Visuel, ce passionné d'automobile et de Tintin apprend la langue des signes depuis trois ans. Au cours de l'été 2011, il a sillonné une grande partie de l'Ouest de la France pour donner des soirées d'initiation dans les auberges de jeunesse.

La THT suspectée
Une question demeure cependant sans réponse. Thomas Gilbert a vécu jusqu'à l'âge de 10 ans à Saint-Martin-de-Landelles, encerclé par deux lignes très haute tension. « Nous ne saurons jamais si mon cancer s'est déclenché à cause des lignes, concède-t-il, mais un grand doute plane. »
« Après nous être longuement bagarrés, nous avons fini par déménager à Fougères. Nous ne voulions plus que Thomas reste sous ces lignes », explique sa mère, souffrant, depuis l'âge de 38 ans, de la maladie de Parkinson.

La Manche libre, le 29/10/2011

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