Haute tension sous les pylônes électriques

Haute tension sous les pylônes électriques

ENVIRONNEMENT. La construction d'une ligne  à très haute tension suscite l'inquiétude des riverains et relance le débat sur  l'impact des  champs magnétiques sur la santé.

Près de163 km de lignes, 420 pylônes, 900 personnes mobilisées... la construction de la ligne à très haute tension (THT) Cotentin-Maine, qui doit acheminer l'électricité produite par le futur réacteur nucléaire EPR de Flamanville  (Manche) vient de débuter.  Mais ce chantier colossal, l'un des  plus gros jamais menés par RTE (la  filiale d'EDF chtht-23.jpgargée du transport  d'électricité), se heurte à l'animosité  de riverains, d'élus et d'associations  écologistes qui craignent l'impact  sanitaire des champs électromagnétiques  sur leur santé (voir encadré).
    Alors qu'une  quarantaine de chantiers sont en cours dans trois des départements concernés (Manche, Calvados, Mayenne) et que le permis de construire est imminent en Ille-et-Vilaine, six recours ont été déposés devant le Conseil d'État contre ces lignes à THT. L'ancien garde des Sceaux et député UMP Pierre Méhaignerie, président de la communauté de communes de Vitré (Ille-et-Vilaine), a déposé l'un de ces recours.

135 habitations à racheter
    Il  réclame comme la plupart des associations  une étude épidémiologique  sur les effets sanitaires des ondes  émises par les pylônes, avant la  mise en service de la ligne fin 2012.  « J'ai effectué une visite chez un  agriculteur dont l'étable était située  sous une ligne de 400  000 volts ; à chaque fois que ses  animaux buvaient dans l'abreuvoir,  ils recevaient une décharge électrique,  témoigne Pierre Méhaignerie. Dans un rayon de 600 m de la future THT, les habitants réclament des  mesures pour savoir si le niveau  d'onde émis près de leur maison  sera le même une fois la ligne  activée. Mais EDF semble être entrée  dans un rapport de force avec les  habitants, ce qui est inadmissible.  »
Ce rapport de force, le maire écologiste du  Chefresne (Manche), coordinateur  interrégional d'un collectif d'élus  opposés à la THT, l'a vécu personnellement. « J'ai pris un arrêté en février 2008 interdisant que cette ligne passe à moins de 500 m des habitations du village et, à l'époque, au moins quarante-cinq communes étaient elles aussi fermement opposées à la THT, confie Jean-Claude Bossard. Mais depuis que RTE a proposé 20 M€ dans le cadre du plan d'accompagnement de son projet, nous ne sommes plus que cinq communes à résister. Ils ont acheté  l'accord des élus pour avoir  la paix. »
RTE, qui suit une recommandation officielle de 2010, a déjà commencé à racheter  une soixantaine de maisons  de riverains se trouvant dans la bande  des 100 m de part et d'autre de  la THT. Cent trente-cinq habitations sont concernées au total, pour des montants allant de 25 000 à 700 000 €.
D'après RTE, 85 % des propriétaires concernés auraient signé un accord à l'amiable. En cas de refus, une mise en servitude est de toute façon décidée par le préfet. Mais une retraitée de Saint-Martin-d’Aubigny (Manche) a porté plainte contre RTE pour extorsion de signature à personne vulnérable et une enquête préliminaire a été ouverte par le parquet d'Alençon. Contactée à de   multiples reprises, la direction de  RTE n'a pas souhaité répondre à nos  questions.

FRÉDÉRIC MOUCHON

 

375 000  personnes exposEes en France

La France compte 100 000 km de lignes  électriques,de 63 000 à 400 000 volts (haute et très haute tension). 375 000  personnes seraient du coup exposées à un champ magnétique supérieur à 0,4 microtesla,  un seuil jugé potentiellement à risque.tht-22.jpg « Il est justifié, par précaution, de  ne plus augmenter le nombre de personnes sensibles exposées autour des lignes à  très haute tension et de limiter les expositions », indiquait en mars 2010  l'Agence française de sécurité sanitaire de l'environnement et du travail  (Afsset).
    L’Afsset recommandait alors la « création d'une  zone d'exclusion d'au moins 100 m, de part et d'autres des lignes à THT ;  de toute nouvelle  construction de bâtiment recevant des femmes enceintes ou des enfants (hôpitaux,  écoles...). Pourquoi cette prudence ? Parce que les champs magnétiques émis par  les lignes à haute tension ont été classés en 2002 « cancérogènes possibles  pour l'homme » par le centre international de recherche contre le cancer, « eu égard  à l'excès de risques de leucé­mies infantiles ».
L'Afsset admet qu'« aucun lien de cause à effet  n'a pu être clairement identifié » avec ces cas de cancer. « Mais l'hypothèse  de l'implication de ces champs dans des pathologies neurodégénératives a été  rapportée [...] et ne peut être écartée », soulignent les experts sanitaires.

Maux de  tête, irritabilité, troubles du sommeil, stress...
    D'après certaines associations de défense de  l'environnement et de la santé, les riverains vivant à proximité des lignes à  THT se plaignent plus que les autres de maux de tête, d'irritabilité, de  troubles du sommeil, de stress. RTE (Réseau de transport d'électricité) martèle  de son côté qu'aucun impact sur la santé n'a été clairement mis en évidence.
    Le sénateur-maire PS de Clamart (Hauts-de-Seine),  dont l'hôpital et le collège sont situés sous une ligne à THT, vient de déposer  un amendement demandant à EDF de « recenser l'ensemble des lignes à haute tension  survolant des établissements sensibles » et d'évaluer « le coût de déplacement  ou d'enfouissement de ces lignes ». « On comprend clairement qu'il ne faut  désormais plus bâtir d'écoles ou de maternité sous ces lignes mais on ne peut  pas rester sans rien faire pour les établissements sensibles qui ont été  construits sous ces pylônes il y a quarante ans », souligne Philippe  Kaltenbach. Enfouir le réseau à Clamart coûterait 15 M€à la commune.

F.M.

 

« Je ne veux plus mettre ma famille en  danger »

CORINNE  ET PATRICK vivent  sous une ligne THT
    Vingt  ans que Corinne vit sous une ligne à haute tension de 400 000 volts près d'un  petit village de la Manche. Pendant des tht-24.jpgannées, l'enseignante se plaint de maux  de tête et d'insomnies régulières, pointant d'un doigt accusateur le pylône THT situé à 60 m de sa maison. Depuis que  des analyses sanguines ont révélé en septembre « des carences immunitaires »chez tous les membres de sa famille, elle qui se refusait à abandonner son bien  a fini par céder.
    Parents de deux enfants de 6 ans et 8 ans, Corinne et son  mari agriculteur viennent d'accepter, la mort dans l'âme, que RTE rachète leur  maison. « Mon père, qui a vécu pendant vingt-cinq ans sous une ligne à haute  tension est mort d'une leucémie aiguë en l'espace d'un an, témoigne Patrick.  Comme personne ne nous a apporté de réponse sur ce décès foudroyant et les  symptômes que l'on ressent au quotidien, on a la trouille. »
Une peur  alimentée par certaines études qui pointent un risque de développer une  leucémie de l'enfant 1,5 à 2 fois plus élevé à proximité d'une ligne à haute  tension. « RTE reconnaît que les courants parasites des lignes à haute tension  ont des incidences sur les troupeaux laitiers, mais pourquoi n'y en aurait-il  pas aussi sur les hommes ? » souligne Corinne.
« Si j'ai choisi de quitter ma  maison, ce n'est pas pour de l'argent, mais parce que je ne veux plus mettre ma  famille en danger. »

F.M.
  Le Parisien, le 23/01/2012
le-parisien.jpg

Ma remarque : Sur les documents de RTE, on trouve le tableau de comparaison des expositions qui figure sur la deuxième image. RTE nous  prend vraiment pour des demeurés.
    Entre toute une vie près d'une ligne THT à 0,16 microtesla et deux minutes par jour près du rasoir électrique à 500 microtesla, je préfère encore cette seconde alternative (d'autant plus que je garde la barbe !!!).

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