HERAULT

Hérault : sa vie empoisonnée par les 400 000 volts de la ligne haute tension

« Je suis en train de rôtir sous ces 400 000 volts. Mon père est bouffé  par le cancer à cause de ses rayonnements électromagnétiques. Il est en train  de partir dans d’atroces souffrances. Je suis le même chemin… »,  s’égosille Éric Bistuer dont le grand-père blessé de guerre en 1916, a acheté  en 1921 ce domaine, au-dessus de Saint-Geniès-de-Fontedit.
    Depuis le Mas de Cap d’Aze, la vision pourrait être paradisiaque face aux  coteaux environnants. Mais la THT 2 x 400 000 volPour Éric Bistuer, cette ligne haute tension est « un poison mortel et invisible qui le tue lentement. »ts tranche le paysage et  déverse à longueur de journée un grésillement assourdissant par temps de pluie.  Mais aussi, depuis le début des années 80, ce qu’Éric Bistuer appelle : « Son  poison mortel et invisible qui me tue lentement. »
Pour se sauver, le propriétaire des lieux a eu l’idée de construire plus  loin, une maison d’habitation de 60 m2, qui l’écarterait des rayonnements  électriques. Mais depuis 2000, son domaine de 9 hectares est classé en  zone non constructible et protégée.
« Je suis propriétaire du terrain. Je finance moi-même la construction  et on vient de me refuser le permis de bâtir. On me condamne à mort à petit feu  sous prétexte qu’il vaut mieux sauver quatre plantes... qu’un homme »,  argumente l’intéressé, au bord des larmes.
    Cet ancien postier, qui vient tous les après-midi sur son domaine, a écrit  au ministère de l’Environnement pour demander une dérogation exceptionnelle. Il  lui a été répondu : « Depuis la loi sur la décentralisation, les  orientations en matière d’urbanisme sont définies par les communes et relèvent  de leurs compétences. »
Fort de cette réponse, c’est vers la mairie plus proche des gens qu’Éric  s’est tourné. La réponse du 9 septembre, rédigée par le maire Henri  Barthès, si elle n’écarte pas le risque sanitaire encouru, adresse une fin de  non-recevoir quant au permis de construire. Le maire lui propose en revanche de  déposer un permis de démolir cette bâtisse qui, lui, serait accepté.
« Je vais crever là-dessous. Le ministère me dit c’est le maire qui  décide, le maire assure qu’il ne peut rien faire. Je souhaite juste ne plus  vivre sous la ligne. »
Depuis la mise en service de cette dernière, la commune perçoit une manne  financière annuelle conséquente pour la traversée de la commune par les  pylônes.
    Éric Bistuer, qui supporte chez lui deux pylônes et les nuisances, ne touche  aucun défraiement ! Pire encore, interdiction lui a été faite d’arroser le  jardin à cause des risques d’électrocution. Il y a cinq ans, on lui a aussi  interdit de passer sous la ligne avec une vendangeuse toujours pour les mêmes  risques car les lignes descendent très près du sol.
    Un accident a eu lieu en 2007 sous la ligne lors d’un changement de poteau.  Du coup, pour des raisons de sécurité, une partie de l’alimentation électrique  du Mas Bistuer est enterrée. Depuis des années cette famille amène ses chiens  de chasse chez un vétérinaire pour soigner des tumeurs inexpliquées. Bref,  c’est la belle vie sous la très haute tension.
« Si j’abandonne ma propriété et qu’il y a un incendie, je serai tenu  responsable. Si je refuse de payer les taxes, je serai puni. Je ne peux plus la  vendre, elle n’a plus de valeur à cause de la ligne. C’est la double peine. Je  dois payer, entretenir un domaine et la fermer. » Éric Bistuer se refuse à  baisser les bras.

Jean-Pierre AMARGER
    Midi libre, le 30/09/2011

Date de dernière mise à jour : 11/10/2011

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